Marc Dvorjetski • Ghetto à l’Est


Marc Dvorjetski • Ghetto à l’Est

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Ghetto à l’Est a été publié pour  la première fois en France en mars 1950 par l’éditeur Robert Marin, Paris. Sous le titre La Victoire du Ghetto, il a été reproduit par les Éditions France-Empire [1962], après le témoignage qu’apporta l’auteur au procès d’Adolf Eichmann en 1961, évoqué dans une postface inédite. La préface de l’édition originale est partiellement incluse, complétée de considérations nouvelles sur l’urgence du témoignage. Hors ces différences, le corps du texte est strictement identique.
C’est le texte intégral, et lui seul, de la version de 1950 qui a été recomposé ici. Après hésitation, nous avons conservé les graphies originales des noms, notions, lieux, villes, patronymes, pays (Esthonie, etc.). Nous nous sommes attaché à unifier celles de lieux peu connus dont la transcription présentait parfois des variations mineures. Dans la même ville de Vilnius, forme lituanienne actuelle, on lisait et disait aussi Wilna (en allemand), Wilno (en polonais) et Wilne (ווילנע, en yiddish), Vilna en russe. La forme Ponar semble avoir été le signifiant devenant quasi symbolique, sous lequel s’entendait le site de Paneriai ou Ponary. La forme hébreue du nom de l’auteur est Meir Dworzecki, et la forme européenne Dvorjetski fut sa signature en français et en anglais.
Son tableau décrit de façon nuancée l’attitude des populations polonaise et lituanienne : une importante fraction ouvertement hostile et destructrice ; une minorité infime d’aide ou d’empathie ; une majorité indifférente ou spectatrice quand l’indifférence aide à tout. Il se peut qu’un des soucis de l’auteur, outre le devoir de témoignage, ait été d’expliciter l’apparente passivité des Juifs d’Europe centrale dans le cours de l’extermination par rapport à l’incompréhension, voire au dédain, dont ils ont pu faire l’objet en Israël.
Ce témoignage révoque l’image dépréciatrice d’un peuple résigné à « aller comme des moutons à l’abattoir ». Or cette image répète précisément la devise des partisans résistants dans le ghetto de Vilnius, mais a pu en perdre et en modifier la perspective.
Ce livre souligne au contraire l’importance de l’espoir, de l’obstination à tenir, à vivre, comme facteurs d’une lutte quotidienne épuisante et périlleuse. La perpétuation sociale et culturelle d’une vie urbaine dans les barbelés s’inscrit dans la même lutte, persévérant aussi dans l'hypothèse que la guerre ne durerait plus longtemps.
La résistance de la plus grande part constitue aussi, de façon déchirante et conra­dictoire avec les éléments d’une collaboration plus ou moins apparente ou consentie, le terreau d’une Résistance organisée, moins partagée, et multiforme: passive, clandestine, ouverte. Ce livre rappelle gestes symboliques, sabotages innombrables, réseaux d’entraide et de contacts au sein et à l’extérieur du ghetto de Vilna, vers les autres lieux d’enfermement, vers les autres pays occupés, vers la Palestine d’alors.
Ce récit recèle une place sin­gulière, vu combien peu ont survécu, et ont pu transmettre, alors que cette transmission réside au cœur du tourment à la fois social, communautaire et universalisant des victimes de la destruction.  Et la recherche historique récente sur les ghettos et leur résistance trouve ici une préfiguration et un matériau essentiel.
Enfin, les aléas politiques des pays Baltes, successivement soumis, envahis, abandonnés, reconquis par trois puissances hostiles et rivales entre elles, notamment depuis la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, faisaient de la ville de Vilnius une cité pour beaucoup non lituanienne : sur une population de 200 000 habitants au moment de l’invasion allemande, Vilnius comptait donc 40 % de Juifs, 30 % de Polonais et 25 % de Lituaniens ; des Allemands et des Russes.
Vilnius était au centre de la bande de terre que Staline céda en 1939 à la Lituanie (« re-sovié­tisée » dans le mouvement) lors du partage germano-soviétique de la Pologne qui l’avait annexée depuis les années 1920. C’est ce qui explique la partition socio­culturelle très marquée de cette cité dont les habitants les plus
stables, jusqu’alors, avaient résidé parmi les communautés de la « Jérusalem de l’Est » ; c’est ce qui explique aussi, à travers pactes transitoires, concurrences et règlements de compte, la pluralité nationaliste et militaro-politique des agents de la destruction.

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