Augustin Thierry • Essai sur l'histoire du Tiers État


Augustin Thierry • Essai sur l'histoire du Tiers État

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«Durant l’espace de six siècles, du XIIe au XIIIe, l’histoire du Tiers État et celle de la royauté sont indissolublement liées ensemble, […] l’une est pour ainsi dire le revers de l’autre.» L’auteur reconstruit principalement, dans cet essai de 1850 devenu classique et qui fait le pendant au Tocqueville de l’Ancien Régime et la Révolution, «la grande période historique durant laquelle on voit marcher d’accord, se développer ensemble et se fortifier mutuellement le Tiers État et la royauté». «Nous sommes ici [au XIIe siècle] à l’origine du monde social des temps modernes». Depuis les mutations des XIIe et XIIIe siècles, où les communes s’autonomisent des seigneuries en même temps que les classes agraires enracinent leurs possessions devenues quasi-propriétés, en passant par la reconnaissance de la «liberté» civile au XIVe siècle – laquelle sanctionne des faits accomplis – et par la préfiguration, sous Louis XI, d’un pouvoir centralisé unificateur des mœurs économiques marchandes, enfin jusqu’à l’État de Louis XIV, Augustin Thierry analyse la contribution déterminante de la bourgeoisie, dans ses composantes économique, administrative et juridique, à l’édification du pouvoir monarchique moderne. L’auteur en fut un nostalgique, libéral ou modéré au sens du XIXe siècle. Mais, sans nourrir aucun sentiment de ce type, on appréciera la pertinence de sa description, qui réduit à presque rien l’antagonisme, tant magnifié par l’idéologie républicaine, entre monarchisme autoritaire et autonomie d’un corps civil développé. Alors que ressuscite une tendance à réhabiliter l’aristocratisme en le présentant comme le démiurge et protecteur éclairé de la civilisation occidentale, cet essai rappelle que la monarchie, longtemps crue «féodale», s’est déployée et pérennisée par l’essor de la bourgeoisie et par la généralisation de sa raison civile ; et les vertus qu’on prêtera à l’aristocratie occidentale ne s’illustreront plus que par le fait que, à l’instar des monarchies qui les absorberont en les confinant, ses membres les plus puissants avaient anticipé le contrat pré-civil les liant au monde «villain». Réciproquement, cet essai suggère que, par cette genèse monarchique, la bourgeoisie devait se révéler incapable de réaliser le contrat social égalitaire et la démocratie universelle dont elle a paru porteuse nolens volens – du reste ce projet n’a rencontré nulle autre concrétisation. Il conduit à constater enfin que les contradictions théoriques de l’histoire du monde moderne durent maintenant depuis plus de deux siècles. (Jean-Louis Paul.)
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